La PosterleSauzet · Drôme provençale

Barbentane : une Pousterle en escalier

À Barbentane (Bouches-du-Rhône), les appellations de Grande et de Petite Pousterle, aujourd'hui utilisées pour distinguer deux passages proches, ne semblent pas avoir la même ancienneté documentaire. Le nom de Pousterle est attesté dès 1791, tandis que celui de Petite Pousterle reste à documenter

Elles sont notamment employées par le balisage touristique du village pour distinguer deux passages proches, situés dans le secteur du parc d’Andigné. Lors de l’aménagement du parc d’Andigné vers 1850, ces deux voies préexistantes auraient été maintenues par la création de passages souterrains [1]. Les tunnels actuels appartiennent certainement à une transformation relativement tardive du site.

La Petite Pousterle, dont le cheminement est distinct de la Grande Pousterle, rejoint cette dernière dans sa partie haute, à proximité des anciennes fortifications du château. Cependant, l’ancienneté de l’appellation « Petite Pousterle » reste à établir.

Quant à la Grande Pousterle, son appellation officielle est celle de Chemin de la Pousterle. Celui-ci est un passage d’environ 196 m de long pour 22 m de dénivelé, soit une pente moyenne proche de 11 %. [2]

Tracé de la Pousterle sur le plan de Barbentane
Barbentane - Chemin de la Pousterle - © IGN – 2026

Le cadastre napoléonien de 1834, section G « Village » (Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 3 P 443), apporte une confirmation cartographique [3]. Le passage est alors désigné simplement sous le nom « La Pousterle », sur le flanc est du village.

Cadastre ancien du quartier de la Pousterle à Barbentane
Barbentane - La Pousterle – Cadastre de 1834

La comparaison avec la cartographie IGN actuelle montre bien le glissement : la Pousterle en 1834 devient le Chemin de la Pousterle sur les cartes actuelles. Il montre concrètement qu’un générique, ici chemin, a été ajouté à un ancien toponyme. C’est une hypothèse mais ce préfixe aurait pu être ajouté quand le sens du toponyme paru moins clair. Ce même mécanisme aurait pu aussi fonctionner pour la rue de la Pousterle à la Garde-Adhémar.

Plus éloigné dans le passé, un relevé du cadastre de 1791 mentionne déjà le lieu sous la forme « Angle sud Barry-Pousterle » [4]. Cette mention associe la Pousterle au secteur des anciens remparts, et atteste en tout cas le nom bien avant les transformations du XIXe siècle.

René Jarno et Henri Linsolas, dans leur Histoire de Barbentane publiée en 1981, précisent qu’une petite poterne se trouvait à l’origine du chemin, donnant accès aux parties basses des fortifications du château [5].

L'observation du terrain révèle un aménagement beaucoup plus élaboré qu'il n'y paraît. Le cheminement est directement taillé dans le substrat rocheux, selon quatre configurations successives :

Sa partie basse, au niveau du tunnel, ne comporte pas de marches mais des stries transversales régulièrement espacées de quelques mètres. Leur aspect évoque des joints entre des dalles, mais il s'agit bien de la roche en place dont la pente a été rendue constante sur une longueur d’environ 50 m.

Une deuxième partie comporte une succession de paliers, de longueur régulière, reliés par des volées de deux ou trois marches modernes. Les paliers ont été recouverts d’un revêtement récent mais il subsiste par endroit l’ancien substrat rocheux.

Une troisième partie est très ancienne. Les paliers et les marches sont plus chaotiques mais directement taillés dans le rocher. Cet ensemble est extrêmement érodé.

Enfin, la partie supérieure retrouve une surface rocheuse brute, sans marches, paliers ni stries.

Détail de maçonnerie à Barbentane
Substrat rocheux aplani et strié
Escalier du chemin de la Pousterle à Barbentane
Surface remaniée et écoulement latéral
Marches du chemin de la Pousterle à Barbentane
Marches érodées taillées dans la roche
Surface rocheuse en haut du chemin de la Pousterle à Barbentane
Surface brute en haut du chemin

Le long du chemin, à sa gauche en montant, un caniveau latéral permet l’écoulement des eaux. Des seuils très anciens, régulièrement espacés, sont toujours en place. Ils étaient probablement destinés à limiter la vitesse d’écoulement.

Le panneau patrimonial communal présente la Grande Pousterle comme un ancien itinéraire emprunté par les troupeaux pour rejoindre un lieu d'abreuvement sans traverser le centre du village. Cette utilisation est possible, mais elle n'explique pas nécessairement la réalisation d'un ouvrage aussi soigneusement aménagé. Le chemin pouvait répondre à plusieurs besoins de circulation.

L'exemple de Barbentane présente une analogie avec les posterles de Beauvoisin et de Condorcet : ce qui les rapproche n'est pas uniquement la pente, mais l'utilisation du relief rocheux pour organiser le passage. A Barbentane, cette fonction s'accompagne d'un travail considérable de la roche.

De même, par sa longueur et sa pente soutenue, le chemin de la Pousterle se rapproche fortement des Pousterles d’Auch.

Sources et références

[1] « Le Passage sous le Parc d’Andigné (Chemin de la Pousterle) », notice patrimoniale consacrée à Barbentane, pour l’aménagement du parc vers 1850 et les passages souterrains.https://www.henritrip.fr/touristic-site/189529 ↩

[2] Rapport d’études zones inondables Barbentane - volet hydrogéomorphologie, février 2019, p. 16 : « Le secteur du chemin de la Poustelle qui emprunte un fond de vallon à pente très forte. » ↩

[3] Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Cadastre napoléonien de Barbentane, 1834, section G « Village », cote 3 P 443. ↩

[4] Cadastre de Barbentane de 1791, relevé et transcription par Denis Martin, juin 2016, mention « Angle sud Barry-Pousterle ».https://barbentane.provence.free.fr/barbentana-cadastre-de-1791.pdf ↩

[5] René Jarno et Henri Linsolas, Histoire de Barbentane, Nîmes, Les Presses du Castellum, 1981, 329 p. ↩

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