La PosterleSauzet · Drôme provençale

Les Pousterles d’Auch

À Auch, le mot Pousterle désigne des voies en forte pente, aménagées pour relier la ville haute aux secteurs situés en contrebas.

L’Office de tourisme du Grand Auch les décrit comme des ruelles médiévales en pente, parfois en escalier, reliant la ville haute à la rivière. Cinq sont encore identifiées : la Pousterle de l’Est, la Pousterle de Paris, les Couloumats, Las Oumettos et la Vieille Pousterle, la plus large et la seule qui ne possède plus de marches. [1]

Ces cheminements s’inscrivaient dans un environnement urbain fortement structuré. Au Moyen Âge, la ville haute était constituée notamment de la ville comtale et de la ville épiscopale, organisées autour de lieux de pouvoir parmi lesquels figuraient le château du comte et le palais épiscopal. Une partie des remparts et des portes médiévales a subsisté dans le tissu urbain actuel, tout comme le tracé des rues et des pousterles. [2]

Les sources patrimoniales du Grand Auch précisent la fonction de ces dernières : elles reliaient la rivière aux portes fortifiées de la ville. Elles permettaient ainsi aux habitants de descendre jusqu’au Gers, notamment pour s’approvisionner en eau, tout en constituant des cheminements étroits et fortement pentus entre la ville fortifiée et le fond de vallée. [3]

Le plan d’Auch publié par François de Belleforest au XVIe siècle permet d’en saisir concrètement la disposition. La ville y apparaît protégée par deux enceintes, percées de nombreuses portes. Depuis la porte d’Arton, on distingue une voie très étroite et pentue, aménagée en escalier, descendant jusqu’au Gers et identifiée comme une pousterle. [4]

Le relief constitue donc ici une caractéristique essentielle. Un livret de découverte publié par le Grand Auch indique que la Pousterle des Couloumats compte 132 marches, contre 89 pour celle de Paris. Les marches de la Vieille Pousterle auraient disparu au début du XXe siècle avec l’arrivée de la circulation automobile. [5]

Cet emploi du mot n’est d’ailleurs pas seulement attesté par la toponymie actuelle. Au XIXe siècle, Émile Littré relève expressément, à l’article poterne de son Dictionnaire de la langue française : « À Auch, les rues montueuses sont nommées pusterles. » [6] Le témoignage est intéressant : pusterle y apparaît comme un nom commun, appliqué localement à des rues caractérisées par leur pente.

Une photographie d’Eugène Trutat, conservée dans les collections de la Bibliothèque de Toulouse et datée des environs de 1900, porte le titre « La grande pousterle, Auch, Gers » et montre une longue voie urbaine aménagée en escalier. [7]

Photographie ancienne de la Grande Pousterle à Auch
Photographie ancienne de la Grande Pousterle à Auch

Deux cartes postales anciennes du même passage illustrent par ailleurs une évolution intéressante du vocabulaire : l’une porte la légende « La Vieille Pousterle », tandis qu’une autre indique « Rue de la Vieille Pousterle ». Le mot Pousterle apparaît ainsi tantôt comme le nom du passage lui-même, tantôt comme un véritable toponyme auquel vient s’ajouter le terme générique rue :

Carte postale ancienne de la vieille Pousterle à Auch
La Vieille Pousterle
Carte postale ancienne de la vieille Pousterle à Auch
Rue de la Vieille Pousterle

À Auch, il ne fait donc guère de doute que Pousterle désigne la voie pentue elle-même. Mais ces voies ne sont pas isolées du système défensif de la ville. Elles assurent le franchissement du fort dénivelé entre le Gers et la ville haute fortifiée et conduisent jusqu’à ses portes. A Auch les pousterles correspondent parfaitement à l’acception méridionale donnée par les dictionnaires d’une rue très raide, souvent aménagée d’escaliers.

Sources et références

[1] Office de tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne, Les Pousterles. La page décrit les cinq voies comme des « ruelles médiévales en pente, parfois en escalier » reliant la ville haute à la rivière. ↩

[2] Ville d’Auch, Plan local d’urbanisme - Rapport de présentation, p. 270, « Les quartiers de la ville fortifiée, du Moyen Âge à la fin du XVIe siècle ». Le document décrit la ville comtale, la ville épiscopale, le château du comte et le palais épiscopal, et range explicitement les pousterles parmi les tracés urbains médiévaux conservés. ↩

[3] Grand Auch Cœur de Gascogne, brochure patrimoniale Déambulation dans Auch, rubrique « Les pousterles » : elles « reliaient la rivière […] aux portes fortifiées de la ville ». ↩

[4] Office de tourisme Grand Auch Cœur de Gascogne, Le plan de Belleforest – partie 2. Le commentaire relève deux enceintes et leurs portes et identifie, depuis la porte d’Arton, une pousterle étroite, pentue et en escalier descendant jusqu’au Gers. ↩

[5] Grand Auch Cœur de Gascogne, La Cocotte à histoires – livret découverte d’Auch en famille, rubrique « Les Pousterles » : cinq pousterles, 132 marches aux Couloumats, 89 à Paris, disparition des marches de la Vieille Pousterle au début du XXe siècle. ↩

[6] Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, art. « Poterne », 1872-1877 : « À Auch, les rues montueuses sont nommées pusterles. » ↩

[7] Eugène Trutat, La grande pousterle, Auch, Gers, Fonds Trutat, Bibliothèque de Toulouse, cote TRU C 679, photographie datée autour de 1900 ↩

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