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La Pousterle à Saint-Jean-le-Centenier

À Saint-Jean-le-Centenier, en Ardèche, La Pousterle est aujourd’hui le nom d’un lieu-dit. La nomenclature cadastrale actuelle le conserve sous cette forme [1] ainsi que les cartes topographiques :

Carte de La Pousterle et des sites castraux voisins
© IGN – 2026

Initialement, du fait de l’absence de sources historiques, cet exemple n’était pas destiné à figurer dans le corpus. Mais une visite sur le terrain a changé les choses.

Tout d’abord, comme le suggéraient les cartes, les ruines de plusieurs bâtiments se trouvent bien sur le site. Le secteur semble avoir connu un usage pastoral, mais rien ne permet à ce stade d’identifier l’établissement ruiné à une ferme ni d’en déterminer l’ancienneté. En contrebas, il subsiste des vestiges d’enclos et de murs.

Depuis ce secteur, le relief plonge vers le ruisseau du Vernet, situé environ 100 mètres plus bas. Un cheminement, en contrebas des ruines, se dirige vers une ravine puis s’engage dans celle-ci. A l’origine de cette ravine, il subsiste quelques agencements de pierres massives semblant destinées à soutenir un de ses flancs. Puis le cheminement s’enfonce profondément, au fond d’une entaille dans le calcaire, avant de rejoindre le ruisseau du Vernet. Le relief de la rive opposée n’a pu être observé mais l’observation des courbes de niveau suggère la possibilité d’un franchissement vers les zones de pâturage situées sur la rive opposée.

Le nom du lieu-dit « la Pousterle » pourrait ainsi avoir été associé à un ou plusieurs passages permettant de franchir la rupture de relief.

Ce relief rappelle celui de Maisonneuve, où la Pousterle est rapprochée d’une denaille, terme local désignant une « dépression dans le calcaire qui conduit à la rivière ».

Le fond du vallon présente également une particularité territoriale. Dans ce secteur, le cours d’eau correspond à la limite actuelle entre Saint-Jean-le-Centenier et Saint-Pons.

Cette situation prend un intérêt particulier lorsqu’on considère les sites fortifiés environnants. Sur la rive opposée, Roche Chérie, aujourd’hui sur la commune de Saint-Pons, se trouve à environ 800 mètres à vol d’oiseau de La Pousterle et est directement visible depuis les ruines. Le hameau est établi au pied d’un neck volcanique ; au sommet subsistent les traces de la base d’un donjon rectangulaire et quelques maçonneries [2]. Une source généalogique du XIXe siècle, rapportant un hommage daté de 1303, mentionne par ailleurs explicitement le « terroir et mandement du château de la Rochechérie ». [3].

Au nord-ouest, à 900m, les Balmes de Montbrun, aujourd’hui situées sur la commune de Saint-Gineys-en-Coiron, dominent également le secteur de La Pousterle. Patrimoine d’Ardèche les décrit comme un site castral classique, comportant un château au sommet et un village en contrebas, dont l’implantation est attestée à partir du milieu du XIIe siècle [4].

La Pousterle se trouve ainsi dans un espace très resserré entre deux sites castraux médiévaux, Roche Chérie et Montbrun.

En outre, ces deux sites apparaissent dans la même mouvance féodale de l’évêque de Viviers [5] [6]. Cette disposition conduit à examiner l’hypothèse d’une ancienne circulation entre ces deux sites. Plus au sud, il faut effectuer un détour en descendant vers Saint-Jean-le-Centenier avant de remonter vers Roche Chérie, plus au nord il faut se diriger vers Berzème avant de redescendre vers Roche Chérie.

Chapelle de la Roche Chérie au pied du relief
Chapelle de la Roche Chérie
Balmes de Montbrun vues à travers la végétation
Balmes de Montbrun

L’observation du terrain et de la topographie rend matériellement possible un passage entre les Balmes de Montbrun et Roche Chérie par le secteur de La Pousterle. Le cheminement le plus naturel depuis les Balmes semble avoir traversé un secteur aujourd’hui profondément modifié par l’ancienne carrière de basalte, mais plusieurs chemins y subsistent.

La Pousterle pourrait ainsi avoir constitué un passage direct afin de relier les deux versants du vallon.

Saint-Jean-le-Centenier reste donc un cas ouvert. L’ancienneté du toponyme n’est pas connue et aucune liaison ancienne avec Roche Chérie ou Montbrun n’est documentée. Cependant, l’observation du terrain permet de relever plusieurs caractères : un passage fortement encaissé, un possible raccourci, un franchissement probable marquant une limite territoriale, et la proximité de deux sites castraux médiévaux.

Sources et références

[1] DGFiP, nomenclature FANTOIR des voies et lieux-dits, commune de Saint-Jean-le-Centenier (Ardèche, INSEE 07247), lieu-dit B074 « LA POUSTERLE » ↩

[2] Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de l’Ardèche, Patrimoine d’Ardèche, bulletin n° 16, passages consacrés aux Balmes de Montbrun et à La Roche Chérie : Montbrun décrit comme site castral avec château sommital et village ; à Roche Chérie, traces de la base d’un donjon rectangulaire et de quelques maçonneries ↩

[3] Nicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, notice « de Barruel », source secondaire rapportant un hommage de 1303 dans lequel sont mentionnés le « terroir et mandement du château de Saint-Pons » et le « terroir et mandement du château de la Rochechérie » ↩

[4] Patrimoine d’Ardèche, Bulletin de la Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de l’Ardèche, Octobre 2010 N°15, page 5 ↩

[5] Franck Bréchon, « Les grottes de Montbrun, un exemple abouti de troglodytisme médiéval », dans Le Coiron, coll. « Pays d’Ardèche », Mémoire d’Ardèche et Temps Présent, 2008 ; voir également Commune de Saint-Gineys-en-Coiron, PLU – Rapport de présentation, qui, d’après les Archives départementales citées par Franck Bréchon, mentionne en 1206 la Balma comme alleu de l’Église de Viviers et, en 1210, la reprise en fief par G. de Balma du « castrum et mandamentum » de Balma des mains de l’évêque de Viviers. ↩

[6] François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, 3e éd., t. XIII, article « Malhan » : hommages rendus à l’évêque de Viviers pour les terres et seigneuries de Saint-Montan, Roche-Chérie, Châteauneuf, etc., en 1333, 1362 et 1383. ↩

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