La Pousterle de Maisonneuve
À Maisonneuve, sur la commune de Chandolas, en Ardèche méridionale, la Pousterle est attestée dans le compoix commencé en 1655 et achevé le 5 avril 1658 [1]. Une propriété y confronte, à l’ouest, « la denalhe scive la Pousterle » [1], formule que l’on peut vraisemblablement comprendre comme « la Denaille ou la Pousterle ». Or, dans l’usage local, une denaille désigne une « dépression dans le calcaire qui conduit à la rivière » [2]. Le même compoix mentionne à plusieurs reprises le chemin de la Denaille ou le chemin allant à la Denaille, ainsi que des parcelles de ce secteur confrontant directement le Chassezac [1].
Maisonneuve correspond à l’ancienne communauté d’Avonas : la commune rappelle qu’elle portait ce nom au haut Moyen Âge et que son église était dédiée à Saint-Laurent d’Avonas [3]
D’autre part, le Service régional de l’archéologie, dans le Bilan scientifique de la région Rhône-Alpes 2006-1, mentionne parmi les tours et castra médiévaux jalonnant les gorges du Chassezac « Saint-Laurent (tour) à Avonas-Maisonneuve » [4]. Cette mention établit ainsi l’existence d’un élément fortifié médiéval dans l’environnement de Maisonneuve.
La topographie du secteur éclaire aujourd’hui très concrètement cette désignation. Entre Maisonneuve et Chaulet, un ancien cheminement descend à travers le relief calcaire vers les terres d’un méandre du Chassezac. Il quitte le réseau de chemins du plateau par un passage étroit et fortement encaissé, aménagé par endroits en escalier, puis se poursuit par un sentier ancien et entretenu :

Les terres desservies, planes et fertiles, ont vraisemblablement constitué depuis longtemps un espace agricole recherché. Le village disposant par ailleurs d’un accès plus direct à la rivière, ce passage paraît avoir eu avant tout pour fonction de rejoindre ces terres riveraines, plutôt que le Chassezac lui-même.
À proximité se trouve également la grotte de la Pousterle, aujourd’hui dissimulée par la végétation. La commune mentionne, entre Maisonneuve et Chaulet, un raccourci empruntant une faille dans la falaise, au pied de cette grotte [5]. La mémoire locale conserve également Pousterle dans le sens de raccourci : lors des combats d’août 1944, les habitants de Maisonneuve gagnèrent Chaulet par « les raccourcis (la Pousterle) », à l’abri des falaises [6]. L’organisation encore visible des chemins - bifurcations, passages encaissés et cheminements sous couvert du relief - permet de comprendre concrètement cette fonction de circulation discrète.
A Maisonneuve la pousterle correspond à un passage villageois, inscrit dans un réseau ancien de chemins reliant l’habitat aux terres cultivées. La présence médiévale de la tour Saint-Laurent suggère que ce réseau s’inscrivait dans un territoire anciennement structuré et fréquenté. Le toponyme est ici associé à un franchissement aménagé d’une rupture de relief, ce qui rejoint les définitions dialectales de posterle comme « passage étroit entre deux rochers » et de pousterle comme « passage creusé dans le roc » [7].
Sources et références
[1] Compoix de Chandolas, commencé en 1655 et achevé le 5 avril 1658, transcription réalisée par Monique Théron-Navatel, Association Païolive, 2021, notamment p. 107 (« la denalhe scive la Pousterle »), p. 108 et p. 171-173 pour les mentions de la Denaille, du chemin et du Chassezac. ↩
[2] Mairie de Chandolas, Notre histoire - Les temps modernes, présentation des lieux-dits relevés dans le compoix de 1655 : « la denaille : désigne chez nous une dépression dans le calcaire qui conduit à la rivière ». ↩
[3] Mairie de Chandolas, Notre histoire - Les Arabes et les Carolingiens : Maisonneuve anciennement Avonas, paroisse Saint-Laurent d’Avonas. ↩
[4] DRAC Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie, Bilan scientifique de la région Rhône-Alpes 2006-1, 2008, p. 55 : « Saint-Laurent (tour) à Avonas-Maisonneuve » ↩
[5] Mairie de Chandolas, Notre histoire - Les temps géologiques : description du chemin de Maisonneuve à Chaulet et du « raccourci qui emprunte une faille dans la falaise, au pied de la grotte de la “Poursterle” ». ↩
[6] Mairie de Chandolas, Notre histoire - La guerre de quarante : récit des combats d’août 1944 et de la fuite des habitants vers Chaulet par « les raccourcis (la Pousterle) à l’abri des falaises ». ↩
[7] Jean-Yves Bigot, Vocabulaire français & dialectal des cavités & phénomènes karstiques, Mémoires du Spéléo-Club de Paris, n° 25, 2000, p. 115 : posterle, « passage étroit entre deux rochers » (d’après Pégorier) ; pousterle, « passage creusé dans le roc » (d’après Fourvières). ↩