La PosterleSauzet · Drôme provençale

Bayonne : la « porte de la posterla »

À Bayonne, le dossier est bien fourni, permettant de suivre le nom depuis le XIIIe siècle et de le confronter au lieu et aux vestiges de l’enceinte. Le Livre d’Or de Bayonne contient en 1266 la formule gasconne « Aques son a le Posterle » [1]. Posterle fonctionne donc déjà comme une désignation topographique autonome : on est « à la Posterle », sans qu’aucune porte soit mentionnée. Jean-Baptiste Orpustan relève précisément cette forme ancienne et indique que le gascon bayonnais a conservé une forme gasconne issue du latin posterula, « l’ancien posterle (1266) aujourd’hui pusterle » [2].

Un second document apporte un élément encore plus significatif. Dans une charte de janvier 1282, publiée par Jules Balasque, la rue des Faures est délimitée « de le porte de labesque entro la de la posterla », c’est-à-dire « de la porte de l’Évêque jusqu’à celle de la Posterla » [3]. Le document se présente comme la confirmation d’un droit remontant à 1204, mais cette ancienneté n’est pas certaine ; 1282 doit donc être retenu comme date documentaire sûre. Surtout, la construction grammaticale est remarquable : le second la reprend porte. Il s’agit donc bien de la [porte] de la Posterla. La porte et la Posterla ne se confondent pas lexicalement : une porte est rattachée à une réalité appelée Posterla.

La documentation architecturale permet aujourd’hui de comprendre la configuration de ce secteur. Le Plan de sauvegarde et de mise en valeur de Bayonne identifie à l’angle sud-est de l’enceinte antique une « tour de la Pusterle », tour circulaire demi-hors-œuvre, disparue après 1694. De cette tour partait vers la Nive une courtine médiévale aménagée sur la pente. Le rapport précise que cette muraille « dispose d’une poterne adossée à la tour et dont il reste la trace remaniée à mi-chemin de l’escalier qui descend au boulevard » ; la photographie voisine est légendée « Vestiges de la poterne de la Pusterle » [4]. Une étude archéologique publiée en 2021 confirme cette restitution en décrivant une puissante courtine ajoutée sur la pente vers la Nive, probablement au XIIe ou au XIIIe siècle, dotée d’une poterne près de la tour romaine, la Pusterle [5].

L’actuel Passage de la Pusterle, entre le niveau haut de la rue Passemillon et le niveau inférieur de Tour-de-Sault, conserve très nettement cette fonction de franchissement du relief : la cartographie IGN le représente aujourd’hui sous la forme d’un escalier sur toute sa longueur. L’escalier actuel ne saurait évidemment être considéré comme médiéval sur cette seule base ; en revanche, la dénivelée qu’il franchit est une donnée topographique certaine. La poterne décrite par le rapport patrimonial n’occupait d’ailleurs qu’un point du cheminement, puisqu’elle se trouvait « à mi-chemin » de la descente.

Bayonne se situe loin du Dauphiné, mais cette distance géographique ne remet pas en cause le rapprochement linguistique : Posterle est attesté à Bayonne dès 1266, tandis que la forme gasconne locale évolue ensuite vers Posterla/Pusterle [2]. Cette variation phonétique et graphique appartient à la même famille issue de posterula et montre que le terme a connu des formes régionales différentes, du Dauphiné jusqu’à la Gascogne.

Le rapprochement des deux mentions médiévales apporte une précision sur l'emploi du nom. En 1266, on est « à la Posterle » ; en 1282, une porte est désignée comme « celle de la Posterla ». La formule médiévale “porte de la Posterla” suggère que Posterla pouvait désigner un lieu ou un ensemble plus large que la porte elle-même. Les données architecturales permettent d’envisager concrètement ce dispositif comme associant une tour, un passage en dénivelé et une poterne. L’ensemble possède une fonction évidente de franchissement, à la fois du relief et de l’enceinte.

Ci-dessous une image de synthèse représente une hypothèse d’agencement élaborée à partir d’éléments documentés : Emplacement de l’escalier, orientation, longueur de l’escalier, proximité d’une poterne à une tour, forme de la tour, topographie des lieux, distance de l’escalier à la rivière, type de végétation probable.

Vue annotée de la Posterle et de la tour à Bayonne
Vue annotée de la Posterle et de la tour à Bayonne

Bayonne permet d’envisager qu’une Posterle pouvait s’appliquer à un dispositif complet associant tour, poterne, escalier ou rampe, hypothèse également évoquée à Nyons.

Sources et références

[1] Bidache, Jean (éd.), Le Livre d’Or de Bayonne. Textes latins et gascons du Xe au XIVe siècle transcrits sur le manuscrit original, 1906, notamment la liste des censitaires de 1266 et la formule « Aques son a le Posterle », p. 52 de l’édition des textes gascons. ↩

[2] Orpustan, Jean-Baptiste, « La toponymie basque de Bayonne », Lapurdum, 1, 1996, notamment la remarque : « l’ancien posterle (1266) aujourd’hui pusterle ». ↩

[3] Balasque, Jules, avec la collaboration d’Édouard Dulaurens, Études historiques sur la ville de Bayonne, t. I, Bayonne, E. Lasserre, 1862, pièce justificative XVII, p. 436-438 : charte de janvier 1282 contenant « de le porte de labesque entro la de la posterla ». ↩

[4] Melissinos, A. ; Séraphin, G. ; Pandhi, V., Bayonne - Plan de sauvegarde et de mise en valeur. Rapport de présentation, juillet 2006, notamment « Tour dite de la Pusterle », « poterne adossée à la tour » et photographie « Vestiges de la poterne de la Pusterle », p. 32 et 44-45 du rapport. ↩

[5] Béague, Nadine ; Fourdrin, Jean-Pascal, « Vingt ans d’archéologie préventive à Bayonne. Fouille archéologique préventive portant sur la réhabilitation de l’immeuble sis au n° 3 de la rue Passemillon à Bayonne », Bulletin du Musée Basque, n° 195, 1er semestre 2021, p. 19-34, spécialement p. 26-27. ↩

Taille originale · 100 %