Le Pas de la Pousterle entre Aurel et Rimon
Le Pas de la Pousterle, situé à environ 750 m d'altitude, marque la limite des communes d'Aurel et de Rimon, dans le Diois. L’ancienneté du toponyme est bien documentée : le nom « Pas de la Pousterle » figure sur les cadastres napoléoniens de 1824 des deux communes.
Justin Brun-Durand le recense ensuite en 1891 dans son Dictionnaire topographique du département de la Drôme, avec la qualification « pass. et mont. », c'est-à-dire « passage et montagne ». [1]

Un témoignage oral recueilli à Rimon confirme que ce chemin a conservé une fonction de circulation locale : autrefois, la Pousterle était notamment empruntée pour descendre dans la vallée afin de prendre le bus. Il est parcouru aujourd’hui par le GR95.
A l’emplacement exact de la limite entre les deux communes, le chemin emprunte une curiosité géologique : Le rocher calcaire est entaillé d’une longueur d'environ 20 m sur une largeur d’environ 1,50 m dans une pente de 15%. L’entaille présente par endroits des parois très lisses donnant l’illusion d’un ouvrage artificiel.

Dans son étude consacrée à la topographie médiévale de la seigneurie d’Aurel, Michèle Bois rappelle que la vallée de la Drôme était contrôlée, en aval de Die, par plusieurs fortifications relevant du comte de Valentinois. Le territoire d'Aurel, qui dépendait de l'évêque de Die, permettait de contourner ces positions en franchissant les sommets calcaires, afin de rejoindre plus directement la basse vallée de la Drôme. Elle conclut qu'avec Aurel, l'évêque disposait d'un « passage direct vers Saillans ». [2] Le cadastre de 1824 confirme possiblement l’existence de cet itinéraire ancien : Le chemin reliant le pas de la Pousterle à Rimon est nommé « Chemin de Saillans à Rimon » :

De plus, le tracé actuel du GR 95 reliant Die à Saillans, d’une longueur de 45 km, passe également par Rimon, le Pas de la Pousterle se trouvant être à la moitié de l’itinéraire.
Le Pas de la Pousterle se trouve à l’intersection des sentiers allant à Rimon, Aurel ou Saint-Benoît-en-Diois, tous trois comportant un site castral médiéval.
À Aurel, le château, aujourd'hui appelé Château Vieux, occupait un éperon rocheux à environ 500 m au nord-ouest du village. Le castrum d'Aurel est attesté dès le milieu du XIe siècle. [2] À Rimon, un autre castrum, mentionné dès 1251 et relevant de l'évêque de Die, était établi sur un rocher dominant le village, au lieu-dit La Tour. [3] Enfin, à Saint-Benoît-en-Diois, les ruines d'un ancien château subsistent à l'extrémité de l'étroit éperon rocheux sur lequel s'étend le village, au-dessus de la vallée de la Roanne. [3]
A vol d’oiseau, ces trois sites castraux se trouvent respectivement à 3,1 km, 2,2 km et 1,4 km. Du Pas, seul Aurel est visible. Les deux autres sites le sont à condition de remonter le sentier sur environ 200 m.

Comme à Comps et Beauvoisin, le lieu correspond à un franchissement de relief et de limite territoriale situé dans un environnement castral. Mais Aurel–Rimon se distingue par la morphologie du passage lui-même : une entaille rectiligne dans la roche, en pente, ressemblant à un ouvrage artificiel.
Sources et références
[1] BRUN-DURAND, Justin, Dictionnaire topographique du département de la Drôme : comprenant les noms de lieu anciens et modernes, Paris, Imprimerie nationale, 1891, p. 256 ; deux entrées « Pas-de-la-Pousterle (Le) », l’une concernant les communes d’Aucelon, de Jansac et de Montlaur, l’autre la commune d’Aurel, toutes deux qualifiées de « pass. et mont. » ; voir également l’explication des abréviations, où « pass. » = « passage » et « mont. » = « montagne ». ↩
[2] BOIS, Michèle, « Aurel et son territoire : éléments de topographie médiévale », Études drômoises, n° 1-2, 1994, p. 17-25, notamment p. 17 pour les itinéraires de montagne et le passage direct vers Saillans. ↩
[3] Office de tourisme de la Vallée de la Drôme, Patrimoine culturel, Rimon-et-Savel et Saint-Benoit-en-Diois ↩