La PosterleSauzet · Drôme provençale

Châteauneuf-du-Rhône : une porte, deux noms

À Châteauneuf-du-Rhône, à quelques kilomètres de Montélimar, le terme Posterle peut avoir un sens directement architectural.

La Carte collaborative du patrimoine de la Drôme, dans une notice renseignée par la commune, désigne aujourd’hui sous le nom de « La Posterle » la porte située à l’est du village, seule subsistante des trois nouvelles portes construites au milieu du XIVe siècle.

Détail intéressant : cette Posterle se trouve aujourd’hui rue de la Poterne. [1]

Porte de La Posterle à Châteauneuf-du-Rhône
Châteauneuf-du-Rhône - Rue de la Poterne

La coexistence actuelle des deux formes apparentées, Posterle et Poterne, demande toutefois à être interprétée avec prudence. Dans sa Notice historique sur Châteauneuf-du-Rhône publiée en 1863, l’abbé Abel Vincent n’emploie pas le mot Posterle. Il mentionne en revanche explicitement la « porte de la Poterne », l’une des quatre portes du bourg, puis la « rue de la Poterne ». [2] Quelques années plus tard, André Lacroix emploie lui aussi exclusivement la forme Poterne : dans L’Arrondissement de Montélimar, publié en 1871, il compte « la Poterne » parmi les quatre portes de Châteauneuf et mentionne également la rue Poterne. [3] La forme Poterne apparaît donc solidement établie dans l’usage écrit local au XIXe siècle.

L’origine de l’appellation actuelle « La Posterle » reste à déterminer : survivance d’une forme plus ancienne, maintien dans l’usage oral ou réintroduction patrimoniale plus récente. En attendant de disposer d’une attestation ancienne de Posterle à Châteauneuf, ce cas montre qu’un terme de cette famille a bien désigné une porte de l’enceinte, mais il ne permet pas encore d’établir à quelle époque la forme Posterle lui a été appliquée.

La configuration du lieu apporte toutefois un élément supplémentaire. Au droit de la porte conservée, la rue est relativement large et son dénivelé est faible : prise isolément, cette Posterle constitue donc plutôt un contre-exemple aux passages étroits et pentus observés ailleurs. Mais quelques mètres plus au sud, le relief de la colline Sainte-Catherine devient au contraire très marqué. Les habitations sont construites à flanc de coteau et un étroit cheminement subsiste juste à l’arrière des maisons, partiellement couvert, parallèlement à la rue de la Poterne.

L’association patrimoniale Découverte et Mémoire Castelneuvoises signale en outre l’existence ancienne d’une seconde ouverture, encore plus étroite, aménagée dans la muraille « à quelques mètres » de la porte actuelle et « en contre-haut » de celle-ci. Cette ouverture aurait aujourd’hui disparu. L’association décrit également le secteur comme présentant une configuration « en entonnoir », liée au brusque relèvement du flanc de Sainte-Catherine. Ces indications ne permettent toutefois pas encore d’établir que le nom Posterle désignait cette petite ouverture ou le cheminement qui l’accompagnait.

Le rapprochement avec Rochebaudin mérite pourtant d’être relevé : dans les deux cas, une appellation moderne s’est fixée sur un élément bien visible du site, tandis que la mémoire locale conserve à proximité le souvenir d’un passage plus étroit, fortement lié au relief. Ces cheminements anciens restent toutefois insuffisamment documentés pour déterminer s’ils constituaient eux-mêmes la Posterle/Pousterle primitive.

Nous retrouvons donc, dans un même lieu, les deux formes apparentées : Posterle et Poterne. Leur coexistence actuelle ne signifie toutefois pas nécessairement qu’elles aient été employées simultanément dans le passé.

Châteauneuf reste ainsi un cas singulier : l’ouvrage aujourd’hui appelé « La Posterle » est bien une porte, mais son environnement immédiat présente aussi les indices d’un passage plus étroit et fortement contraint par le relief. Ici, comme à Rochebaudin, l’histoire du nom pourrait être plus complexe que celle du seul élément qui le porte aujourd’hui.

Sources et références

[1] Carte collaborative du patrimoine de la Drôme - Commune de Châteauneuf-du-Rhône, notice « La Posterle » : porte orientale appartenant à l’enceinte du XIVe siècle, aujourd’hui située rue de la Poterne. ↩

[2] Abbé Abel Vincent, Notice historique sur Châteauneuf-du-Rhône, 1863, p. 14 ↩

[3] Lacroix, André, L’Arrondissement de Montélimar. Géographie, Histoire & Statistique, t. II, Valence, Librairies Combier et Nivoche, 1871, p. 186 et 190 ↩

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